Construire une leçon

Etape 1: Introduction du thème

  • Informations de fond
  • Méthode 1.1 - Questionnaire
  • Méthode 1.2 - Enquête dans la classe 

Etape 2: Confrontation

  • Informations de fond
  • Méthode 2.1 – Inspection armée de la banque AXA
  • Méthode 2.2 – La campagne de la banque ACE
  • Méthode 2.3 – Let’s Make Money

Etape 3: Approfondissement de la question

  • Méthode 3.1 – Légiférer
  • Méthode 3.2 – Le Tribunal
  • Méthode 3.3 – Au-delà de la ligne
  • Méthode 3.4 – Concours d’investisseurs

Etape 4: Pour aller plus loin...

L’argent n’est pas un thème évident à aborder en classe. Vous n’avez peut-être aucune idée de la situation financière ou du “comportement financier” de vos élèves. Cette première étape entend y remédier en sondant leurs connaissances et comportements.

Pour ce faire, nous vous proposons, dans la mesure du possible, de faire remplir un questionnaire à vos élèves deux semaines avant le cours proprement dit (méthode 1.1). Ce questionnaire, ils le rempliront chez eux ou à la fin d’un cours. Si vous manquez de temps ou ne voyez pas comment vous y prendre en pratique, vous pouvez dans ce cas jouer à un petit jeu basé sur des affirmations (méthode 1.2) au début du cours en question.

Informations de fond

Une étude récente du CRIOC1 nous révèle que trois quarts des jeunes entre 9 et 17 ans reçoivent de l’argent de poche. La moyenne pour 2008 se situe autour des 31 euros par mois (pour tous les jeunes), chez les jeunes de 17 ans, il s’agit de presque 60 euros par mois. Cet argent vient surtout des parents, bien que certains jeunes assurent eux-mêmes leurs revenus (grâce à des jobs de vacances notamment).

Presque 4 jeunes sur 10 versent (une partie de) cet argent de poche sur un compte épargne. Le même nombre de jeunes environ garde cet argent à la maison en vue d’un prochain achat conséquent. Un tiers des jeunes déclarent qu’ils dépensent la plus grande partie de leur argent de poche directement. Les jeunes qui ont un job d’étudiant épargnent plus souvent que les autres (65%). Toutefois, le pourcentage de jeunes qui dépensent leurs gains immédiatement, est en hausse.

L’argent de poche est perçu – par les parents et les éducateurs aussi – comme un instrument utile dans l’éducation des enfants et des jeunes. Ils apprennent à gérer des budgets et à faire des choix. Les banques et organismes financiers sont de plus en plus souvent conscients du rôle éducatif de l’argent de poche. Par conséquent, ils s’adressent aussi de plus en plus souvent aux jeunes dans leur communication et dans leur marketing, en donnant fréquemment des petits conseils qui ne sont pas toujours aussi corrects et éthiques.

Si vous voulez en savoir plus sur les jeunes et leur approche de l’argent? Les articles, sites web et livres suivants valent certainement la peine d’être consultés:

Méthode 1.1 - Questionnaire

Caractéristiques
  • Durée : 10 minutes (préparation des élèves), 30 minutes (traitement des résultats), 10 minutes (débat pendant le cours).
  • Matériel : questionnaire (voir annexe 1.1)

Cette méthode demande une certaine préparation, mais présente l’avantage de vous donner une idée du comportement des élèves. Au besoin, le questionnaire peut être traité de manière anonyme. 

Au préalable

Distribuez ce questionnaire à vos élèves deux semaines à l’avance. Convenez avec eux de la remise des questionnaires complétés une semaine avant le cours sur l’investissement socialement responsable. Il vous restera ainsi le temps de passer en revue leurs réponses. (Vous trouverez une version pratique de ce questionnaire à l’annexe 1.1)

  1. Avez-vous un compte épargne ou un compte à vue?
  2. Avez-vous choisi vous-même votre banque? Si oui, pourquoi cette banque?
  3. Assurez-vous vous-même cette épargne?
  4. Pourquoi épargnez-vous?
  5. Que fait la banque de votre argent? Pouvez-vous donner trois exemples?
  6. Avez-vous besoin d’argent ou êtes-vous membre d’une organisation (mouvement de jeunesse, club sportif) qui a besoin d’argent (un prêt)?
Traitement

Les questions 1 à 4 analysent la situation financière des élèves. Les réponses fournies correspondent peut-être aux résultats de l’étude précitée, autrement dit qu’au moins 40% des élèves doivent disposer d’un compte épargne.

Vérifiez quelle a été la motivation de vos élèves dans le choix de la banque. Une place de concert gratuite? Un sac de sport? La même banque que leurs parents? Une agence à deux pas? Parmi les arguments plus rationnels, vous pourriez trouver des taux d’intérêt plus avantageux, la possibilité (ou justement l’impossibilité) d’aller dans le rouge ou encore la facilité de modification des comptes jeunes lorsque les titulaires ont plus de 18 ou plus de 26 ans. Nous sommes très curieux de savoir s’il y a dans votre classe des élèves qui avancent des arguments écologiques ou éthiques dans le choix de leur banque...

Les questions 5 en 6 indiquent clairement que les banques utilisent notamment leurs dépôts (et même plus...) pour financer des emprunts. Ces emprunts sont octroyés à des particuliers (comme des crédits de logement), des entreprises, des organisations et des administrations. C’est une fonction essentielle d’une banque dans le système économique.

Peut-être certains élèves ont-ils déjà eu besoin d’argent (ils sont allés dans le rouge par exemple). Ou peut-être d’autres élèves font-ils partie d’une organisation qui a déjà eu besoin d’argent (le mouvement de jeunesse qui a construit un local, la nouvelle camionnette du club sportif,...).

Relevez brièvement les résultats, notez ce qui vous surprend. Vous pouvez exprimer les résultats des quatre premières questions sous forme de pourcentage (par exemple: 90% des élèves ont un compte, 40% ont choisi leur banque eux-mêmes, les actions promotionnelles représentaient pour 80% de ces élèves le principal argument).

En classe

Présentez brièvement les résultats du questionnaire. Laissez la classe deviner les résultats des quatre premières questions. Avoir un compte en banque ou disposer de cet argent peut être une évidence pour certains, d’autres en revanche trouveront la chose impensable.

Vous pouvez ensuite donner les réponses les plus fréquentes aux questions 5 et 6. Attardez-vous un instant sur le rôle des banques en tant que financiers de notre économie. Indiquez que l’Etat met justement tout en oeuvre pour éviter que les (grandes) banques ne tombent en faillite (crise financière 2008-2009). Il n’est pas encore nécessaire de démontrer l’importance de l’investissement socialement responsable, nous y reviendrons plus tard.

Logiquement on pourrait se poser la question de savoir si des banques peuvent tomber en faillite en Belgique. Dans les années 70, la banque Copine s’est effondrée, dans les années 80, ce fut le tour de la banque Belgo-Centrade, et en 1997, il y a eu le cas de la banque Max Fischer, mais il s’agissait là de banques plus petites et spécialisées.

Méthode 1.2 - Enquête dans la classe

Caractéristiques

  • Durée: 10 minutes
  • Matériel : cartes OUI et NON (voir annexe 1.2)

Cette méthode est plus rapide que la première, mais va également moins en profondeur. Les cartes OUI et NON sont facultatives: vous pouvez les utiliser pour solliciter des élèves moins loquaces.

Les élèves reçoivent dix cartes: cinq cartes OUI et cinq cartes NON (voir annexe 1.2). Vous leur soumettez cinq affirmations auxquelles ils peuvent répondre – anonymement – par l’affirmative ou la négative :

  • J’ai de l’argent sur un compte.
  • J’utilise aussi cet argent (avec une carte de banque) pour effectuer des achats.
  • J’ai choisi moi-même (ou choisirai moi-même) la banque où j’ai ouvert (ou ouvrirai) un compte.
  • Les meilleures banques sont les banques qui offrent le plus d’avantages (places de concert, bon taux,...).
  • J’ai même déjà emprunté de l’argent (parce que j’étais dans le rouge, à mes parents pour finir de payer ma moto,...).

Aux élèves à présent de vous remettre une carte-réponse à chaque question. Repassez encore une fois toutes les questions en revue. Faites deviner les réponses majoritaires dans la classe aux élèves. Si vous le souhaitez, vous pouvez analyser les réponses de manière personnelle pour certaines questions. Vous pouvez avoir une petite discussion mais l’objectif ici n’est pas de s’appesantir sur les réponses.

Maintenant que vous avez une vue d’ensemble des choix financiers de vos élèves, il est temps d’aborder la question de l’investissement socialement responsable. Nous choisissons de partir du matériel visuel. En regardant ensemble un petit film, nous délimitons clairement le sujet qui fera après l’objet d’une discussion.

Nous présentons trois extraits de film différents, d’une durée différente et d’une approche différente. Après le visionnage d’un premier extrait, il convient de discuter brièvement de ce qu’on vient de voir. Une discussion plus approfondie sur la problématique suit à l’étape 3.

Informations de fond 

Comme dit précédemment, les banques remplissent une fonction essentielle dans l’économie. Elles permettent notamment la naissance, le fonctionnement et la croissance des entreprises en leur allouant des moyens financiers (crédit ou capital). Les entreprises utilisent cet argent à leur tour pour des fabriquer des produits, offrir des services et créer de l’emploi.

Une banque veille généralement à la rentabilité et à la fiabilité des prêts octroyés: “vais-je récupérer mon argent et pouvoir compter sur un joli intérêt?” Ce à quoi les banques prêtent moins attention en revanche, c’est ce que leurs créditeurs font de leur (lisez ‘notre’) argent.

Une étude récente1 a montré que les 13 plus grandes banques européennes ont investi entre 2005 et 2009 pas moins de 39,6 milliards d’euros dans 14 entreprises qui sont très controversées d’un point de vue éthique. Ces entreprises sont actives dans la production de bombes à fragmentation, extraient du pétrole d’une manière très polluante pour l’environnement ou exploitent les mines les plus dangereuses du monde. Par ailleurs, les banques soutiennent directement ou indirectement des dictatures, fabricants d’armes, organisations criminelles,...

Les organismes financiers (banques, sociétés d’assurances et fonds de pension) n’attachent généralement que peu ou pas d’importance à l’impact de leur financement sur l’homme, la société et l’environnement. Tant qu’on ne coupe pas le robinet, les entreprises non durables ou non éthiques peuvent continuer d’exister.

Pour plus d’infos détaillées, vous pouvez vous rendre sur www.netwerkvlaanderen.be et www.bankingsecrets.eu

1 source: van Gelder, J.W., Denie, S. en Scheire C. (2009) European banks financing controversial companies. Amsterdam: Profundo. (Etude pour le compte de Netwerk Vlaanderen)

Méthode 2.1 – Inspection armée de la banque AXA

Caractéristiques
  • Durée: 3 minutes 41 secondes
  • Matériel: extrait de film (AXA.wmv, voir annexe 2.1), ordinateur avec hauts parleurs, projecteur et écran de projection.

C’est l’extrait de film le plus simple: le contexte est assez évident et la problématique exposée est directement assimilée.

Informations de fond

En 2005, Netwerk Vlaanderen a mené une campagne auprès de la banque AXA suite à des investissements de cette banque dans deux fabricants de mines terrestres américains. L’extrait de film montre des ‘démineurs’ qui évacuent la banque et interpellent les membres du personnel sur le fait que leur banque réalise des investissements non éthiques. (Vous trouverez plus d’infos sur cette campagne sur www.netwerkvlaanderen.be, cliquez à gauche sur campagne et puis sur actions).

Discussion

Vérifiez que tous les élèves ont compris le propos du film. Demandez-leur de raconter brièvement ce qu’ils ont vu avec leurs propres mots. Établissez avec l’aide de vos élèves une liste des faits illustrés dans l’extrait de film. Posez ensuite quelques questions critiques. Il ne s’agit pas là non plus de poser un jugement moral sur ce que les élèves viennent de voir. Voici quelques questions possibles:

  • Pensez-vous que les informations données dans ce petit film sont exactes? (Pour info: elles le sont, le financement de AXA dans la fabrique de mines terrestres a été démontré par des études indépendantes. En 2007, AXA et quatre autres grandes banques belges se sont retirées du financement direct de la production de mines antipersonnelles et bombes à fragmentation. AXA a toutefois continué d’investir indirectement dans ces entreprises, par le biais de toutes sortes de fonds d’actions.)
  • AXA est-elle la seule banque qui investisse dans la production d’armes?
  • Pourquoi AXA finance-t-elle des entreprises qui fabriquent des armes?

Méthode 2.2 – La campagne de la banque ACE

Caractéristiques
  • Durée: 18 minutes 42 secondes. Il est possible de ne montrer qu’une partie de l’extrait. Après une quinzaine de minutes, vous pouvez arrêter le film et expliquer la fin du film oralement.
  • Matériel: extrait de film (http://www.ace-bank.eu/ace_nl.wmv ACE.wmv, voir annexe 2.2), ordinateur avec hauts parleurs, projecteur et écran de projection.

Les images parlent d’elles-mêmes, mais comme il s’agit d’une banque fictive, il est peut-être plus difficile de comprendre la situation.

Informations de fond

Emoi en octobre 2006 lorsque la toute nouvelle banque ACE ouvre ses portes place de la Monnaie à Bruxelles. La banque a réalisé des investissements dans des entreprises qui ne tiennent aucun compte des droits de l’homme, de la paix ou de la sauvegarde de l’environnement. La banque ACE joue la carte de la transparence: “Nous ne choisissons que le rendement, sans compromis.” L’extrait de film montre comment les collaborateurs de la banque (fictive) essaient de séduire les clients avec leurs produits financiers. (Vous trouverez plus d’infos sur la campagne de la banque ace sur www.ace-banking.eu) 

Discussion

Vérifiez que tous les élèves ont compris le propos du film. Demandez-leur de raconter brièvement ce qu’ils ont vu avec leurs propres mots. Établissez avec l’aide de vos élèves une liste des faits illustrés dans l’extrait de film. Posez ensuite quelques questions critiques. Si vous n’avez pas projeté l’intégralité du film (et qu’il a pas encore été clairement établi qu’il s’agit d’une banque fictive), demandez d’abord si les élèves connaissent la banque ace. Essayez de savoir si vos élèves ont compris qu’il s’agit d’une campagne.

Il ne s’agit pas ici non plus que les élèves portent un jugement moral sur ce qu’ils ont vu. Quelques questions possibles:

  • Quand/comment avez-vous compris qu’il ne s’agit pas d’une banque réelle?
  • Quel message les responsables de cette campagne veulent-ils faire passer?
  • Existe-t-il des banques comme la banque ACE? (Pour info: elles existent bien. La campagne a été conçue par Netwerk Vlaanderen et se base précisément sur les investissements que font les grandes banques belges et européennes.) 

Méthode 2.3 – Let’s Make Money

Caractéristiques
  • Durée: cinq minutes
  • Matériel: extrait de film (extrait du film let’s make money, disponible dès 2010 sur DVD ou sur internet), ordinateur avec hauts parleurs, projecteur et écran de projection.

Le sujet du film est très frappant et complexe à la fois. Il peut être préférable d’expliquer quelque peu les images pendant la projection.

Informations de fond

Let’s Make Money est un documentaire de 2008 du cinéaste autrichien Erwin Wagenhofer. Ce réalisateur jouit d’une réputation internationale depuis son précédent documentaire “We Feed The World”. Le documentaire montre d’une manière très pointue les mécanismes financiers mondiaux. Les responsables du système financier et les critiques interviennent, sans aucun commentaire.

Si vous disposez de suffisamment de temps, nous vous conseillons vivement de regarder l’intégralité du film (107 minutes). Le documentaire cadre tout à fait avec le thème de ce cours. Le film sortira fin 2009 en DVD chez Cinéart.

Si vous ne pouvez regarder tout le film, choisissez un extrait qui correspond au mieux au rôle des organismes financiers dans l’investissement socialement responsable.

L’extrait sur la bulle immobilière espagnole montre comment l’argent de grands fonds de pension européens est investi dans un vrai “tsunami de béton” spéculatif au milieu de réserves naturelles espagnoles. Des centaines d’immeubles à appartements complètement vides s’y trouvent, parfois même illégalement. Ils n’ont jamais été construits dans le but d’y loger des gens, leur but n’était que de créer une spirale d’investissement (avec parfois des rendements de 20%).

Pour plus d’infos et d’explications sur ce petit échantillon de technologie de pointe financière, rendez-vous sur www.letsmakemoney.at/diefakten/spanische_immobilienblase.html (allemand).

Discussion
 
Vérifiez que tous les élèves ont compris le propos du film. Demandez-leur de raconter brièvement ce qu’ils ont vu avec leurs propres mots. Établissez avec l’aide de vos élèves une liste des faits illustrés dans l’extrait de film. Posez ensuite quelques questions critiques. Il ne s’agit pas ici non plus que les élèves portent un jugement moral sur ce qu’ils ont vu. Quelques questions possibles:
  • Les informations fournies par ce documentaire sont-elles réelles selon vous? (Pour info: bien que ‘Economic Hitman’ – le récit de John Perkins – soit controversé, la plupart des informations de ce documentaire sont facilement vérifiables).
  • Quelle est la motivation des personnes que vous avez vu travailler dans le film?
  • Le documentaire montre des extraits du monde entier. Des banques ou entreprises belges sont-elles également impliquées dans ces pratiques?
  • Se pourrait-il que votre argent ou celui de vos parents ait été investi dans des immeubles à appartements dans une réserve naturelle espagnole?

Jusqu’ici, nous nous sommes cantonnés au rôle que jouent les banques dans le système économique et au rôle des élèves par rapport aux banques (étape 1). Ensuite, nous avons étudié le comportement parfois douteux des banques à l’égard de l’investissement socialement durable.

Dans cette troisième étape, nous allons approfondir la question de l’investissement durable. Notre objectif est que les élèves prennent eux-mêmes la parole et portent un jugement sur ce qui est fait de leur argent. Pour ce faire, vous pouvez choisir entre quatre méthodes de conversation, de nouveau de durée variable.

Bon à savoir : les extraits de l’étape 2 ont été choisis parce qu’ils traitent de sujets clairs et tranchés. Nous voulons éviter de discuter ici de ce qui est éthique (comme le travail des enfants ou le fait que l’emploi dans des sweatshops (ateliers de misère) ne soit pas acceptable dans certains cas). La discussion doit tourner autour de la question de savoir s’il est éthique d’investir dans des affaires clairement non éthiques.

Méthode 3.1 – Légiférer

Caractéristiques
  • Durée: 15 à 20 minutes
  • Matériel: feuille de préparation (annexe 3.1), 1 par groupe. De quoi écrire.

Dans cette méthode, les élèves partent de diverses opinions. Ils peuvent également exprimer leur propre opinion et réfléchir sur cette base sur des normes et des lois. Les élèves recherchent un cadre ‘légal’ pour ce qui est permis ou non.

Les élèves forment des groupes de 3 à 4 et se mettent autour de la table, avec de quoi écrire. Remettez à chaque groupe la feuille de préparation (annexe 3.1). Expliquez aux élèves qu’ils font partie – temporairement – de la ‘Commission spéciale du Sénat sur les Investissements’. Ils ont alors une dizaine de minutes pour penser à des propositions de loi sur les opérations bancaires et les placements. Ensuite, les propositions de loi sont présentées au groupe entier et sont adoptées à la majorité des 2/3 de la classe.

La feuille de préparation contient toutes sortes de bulles de texte dans lesquelles sont exprimés des avis rassemblés par la Commission du Sénat avant de pouvoir établir les lois sur les opérations bancaires et les placements. Ces avis sont émis par l’homme de la rue, des spécialistes financiers, des banquiers, des chefs d’entreprise, des économes, des professeurs, des groupes d’action, des ONG. Certaines bulles sont encore vides, aux élèves d’y inscrire leur propre opinion.

L’objectif de cette méthode est que les élèves trouvent un compromis entre tous les avis exprimés sur base de leurs propres points de vue et opinions (ils ont finalement été choisis pour légiférer!).

Discussion

Après 10 minutes (ou plus vite si tout se passe bien), demandez aux différents groupes de formuler leur(s) proposition(s) devant le groupe entier. Après chaque proposition, un vote a rapidement lieu, si les 2/3 de la classe sont d’accord, la proposition est adoptée.

Vous pouvez également poser des questions critiques au groupe:

  • Les propositions vont-elles au-delà des banques? Expliquez que les sociétés d’assurances, les fonds de pension et les administrations disposent souvent de sommes d’argent colossales qu’ils placent. Ne doivent-ils pas eux aussi s’en tenir aux règles d’investissement durable?
  • Ne mettons-nous pas toute la responsabilité sur les banques? Que peut faire l’homme de la rue? (Nous reviendrons à l’étape 4 sur les possibilités d’investir directement par exemple, mais vous pouvez déjà leur en toucher un mot.)
  • Les propositions laissent-elles encore suffisamment de place à l’activité économique? Les élèves ont peut-être tendance à juger avec trop de sévérité. Indiquez que l’investissement est nécessaire à l’économie et que l’investissement durable peut constituer un levier très fort pour rendre le monde un peu meilleur. L’argent reste un instrument puissant... 
Informations de fond

Il est à noter que le 1er mars 2007 le Parlement belge a approuvé unanimement une loi qui interdit les investissements dans les mines antipersonnelles et les munitions à fragmentation. Cette interdiction a encore été étendue par la suite à l’investissement dans les armes à l’uranium appauvri.

En 2008 et 2009 a lieu une enquête sur l’importance de l’investissement socialement responsable (ISR). A l’automne 2009, on peut s’attendre à ce que les politiques prennent une initiative en la matière pour fixer une norme minimale afin de favoriser l’ISR et exclure certains investissements.

Une loi a également été votée en Belgique en vue de réduire la spéculation, connue sous le nom de taxe Tobin. Cette loi a été aussi approuvée par le parlement, mais ne peut entrer en vigueur que si d’autres pays suivent et votent une loi similaire.               

Méthode 3.2 – Le Tribunal

Caractéristiques
  • Durée: 20 minutes
  • Matériel: éventuellement de quoi écrire

Les élèves discutent de l’extrait de film visionné en quatre groupes (4 rôles).  La classe se présente sous la forme suivante:

Juges

Partie 2

Partie 1

Jury

Au tribunal, nous discutons de la situation illustrée dans le film. Il y a chaque fois deux parties, un jury et des juges. Les parties sont: 

  • Dans le cas de AXA: un représentant de la banque et un activiste de la campagne.
  • Dans le cas de ACE: un administrateur de la banque ACE et un client choqué.
  • Dans le cas de Let’s Make Money: un représentant d’un fonds de pension et un activiste écologique espagnol.

Le jury se prononcera pendant l’audience sur la partie qui a “raison”, les juges rendront un jugement qui définit ce qui est permis ou non (donc: où est la limite?).

Répartissez la classe en quatre groupes. Demandez quels élèves sont capables de choisir une partie (au moins trois par partie). Ils ne doivent pas nécessairement soutenir le point de vue de leur partie, ils peuvent aussi jouer l’avocat du diable. Deux ou trois élèves seront des juges, le reste constituera le jury.

Laissez quelques minutes aux parties pour préparer leurs arguments. Pendant ce temps, vous pouvez encore passer en revue “les faits objectifs” de l’extrait de film avec les membres du jury et les juges.

Les parties prennent ensuite la parole pendant une minute. Idéalement, vous respecterez rigoureusement le temps de parole des parties en utilisant un réveil ou un sablier. Chaque partie pourra prendre la parole trois fois, après quoi elles disposeront d’un peu plus de temps pour leur plaidoyer final.

Après les plaidoyers finaux, le jury détermine quelle partie a fait forte impression. Ils votent à la majorité simple. Les juges cherchent après le prononcé du jury la limite à ne pas dépasser: ce qui est permis et ce qui ne l’est pas. Pour ce faire, ils peuvent renvoyer aux arguments que les deux entreprises ont invoqués (par exemple: on peut investir dans des mines terrestres (AXA ‘gagne’), mais les organismes financiers doivent être transparents de sorte que les gens puissent choisir comment ils placent leur argent.

En tant qu’enseignant, vous pouvez alimenter la conversation à différents moments:

  • En donnant des informations supplémentaires aux deux parties au préalable.
  • En déposant un témoignage en tant que “expert indépendant” pendant les plaidoyers.
  • En assistant activement les juges dans la fixation d’un jugement qui soit acceptable.

Méthode 3.3 – Au-delà de la ligne

Caractéristiques
  • Durée: 10 minutes par affirmation
  • Matériel: affirmations (voir annexe 3.3), espace suffisant dans (au milieu de) la classe pour que tous les élèves se tiennent debout sur une ligne au milieu de la classe (papier collant).

Dans cette méthode, les affirmations sur l’investissement durable sont débattues les unes après les autres. L’essence de l’affirmation est à chaque fois indiquée en gras, le reste du texte n’est qu’explication. Sélectionnez une série d’affirmations dont vous pensez qu’elles provoqueront le plus de discussions dans votre classe. Vous pouvez également adapter ou ajouter une affirmation vous-même.

Dans cette méthode de discussion, une affirmation (voir annexe 3.3) est lue à voix haute. Au milieu de la classe, une ligne est tirée (à la craie ou à l’aide de papier collant) sur laquelle tous les élèves se positionnent. Laissez les élèves réfléchir quelques instants sur l’affirmation lue à voix haute et vérifiez à main levée qui est en faveur et qui est contre cette affirmation.

Choisissez deux élèves qui approuvent totalement et inconditionnellement l’affirmation. Ils se placent à gauche de la ligne. Deux élèves qui sont totalement en désaccord avec cette affirmation vont eux se positionner à droite de la ligne.

Les autres élèves restent provisoirement sur la ligne. A leur tour, les parties peuvent donner les arguments pour lesquels ils ont fait ce choix. Si un élève est complètement convaincu par la position d’une des parties, il peut quitter la ligne pour rejoindre la partie en question. Lorsqu’un élève a choisi un camp, il ne peut plus changer de position.

Après que les arguments ont été avancés pendant plus de cinq minutes, les élèves qui sont encore sur la ligne sont priés de s’exprimer sur le pourquoi de leur position. La discussion sera ainsi encore plus vive. Une fois que tous les élèves ont choisi leur camp (ou après maximum huit minutes), vous discutez de l’affirmation brièvement (voir plus loin). Vous pouvez renouveler l’expérience avec une autre affirmation.

Discussion de l’affirmation

Posez quelques questions à vos élèves sur leur propre opinion. Vous pouvez faire parler des personnes qui ont hésité quelque peu (ou qui n’ont pas encore dit grand chose). Questions possibles:

  • Qui a choisi son camp rapidement? Avez-vous toujours le même avis qu’au début? Y a-t-il eu des arguments qui vous ont fait hésiter à changer de côté? Si oui, lesquels?
  • Qui a longtemps hésité? Qu’est qui a rendu votre choix difficile? Quel argument vous a fait finalement choisir votre camp?
  • Qui changerait de côté après coup? (Laissez les élèves le faire s’ils le souhaitent, vous aurez ainsi une vue d’ensemble des points de vue.)

Méthode 3.4 – Concours d’investisseurs

Caractéristiques
  • Durée: 15 minutes
  • Matériel: du papier de brouillon (10 feuilles par groupe de 3 élèves), de quoi écrire, pour chaque groupe de 3 élèves une feuille avec les possibilités d’investissement (annexe 3.4).

Dans cette méthode, les élèves ont pour mission d’investir un budget dans au moins 2 des 5 entreprises fictives. Le défi est de réaliser un rendement suffisant dans les limites de ce que les élèves trouvent eux-mêmes acceptable.

Les élèves reçoivent un budget fictif de l’école pour entreprendre une excursion éducative à la fin de leur dernière année. Actuellement, le budget permet simplement d’aller au musée en bus, mais il reste heureusement un peu d’argent à investir.

Constituez des groupes de 3 à 4 élèves et donnez-leur à chacun 10 pages blanches. Chaque page représente 10% du montant à pouvoir investir. Chaque groupe reçoit une feuille (voir annexe 3.4) récapitulant les 5 possibilités d’investissement. Les groupes doivent répartir leur argent sur au moins 2 projets. Leur mission est de veiller à ce qu’ils obtiennent à la fin de l’année un rendement suffisant pour pouvoir faire plus qu’un voyage en bus.

Chaque groupe a cinq minutes pour répartir les 10 feuilles de papier qu’ils ont reçus sur les entreprises possibles. Ils notent le nom de l’entreprise sur un papier et vous le remettent après 5 minutes. Rassemblez tous les papiers par entreprise et discutez des résultats avec la classe :

  • Quel est le rendement total des investissements? Expliquez aux élèves que l’exercice est un exemple très simplifié de la réalité (il existe bien sûr beaucoup plus de choix et nous ne tenons également pas compte du risque, de la durée d’un placement, du climat économique général,...).
  • Quelle entreprise a recueilli le plus d’argent? Pourquoi avez-vous choisi cette entreprise?
  • Quelle entreprise a recueilli le moins d’argent? Pourquoi personne n’a-t-il choisi (ou peu de groupes ont-ils choisi) cette entreprise?
  • Quelle entreprise enregistre-t-elle les meilleurs scores au niveau social? Et quelle entreprise a-t-elle la réputation la plus préoccupante? Il ne s’agit effectivement pas de discuter en l’occurrence de l’éthique de conduites de gaz ou de contrats d’armement, essayez donc de limiter la discussion.
  • Approfondissez la question de la transparence. Dans le cas de SunAir, TurboGaz et UnionDefence, vous ne savez pas avec certitude ce qu’il advient de l’argent investi. Est-ce ainsi dans la réalité aussi? Faut-il laisser l’avantage du doute aux entreprises?
  • Nous avons investi pour pouvoir faire plus qu’un voyage. Auriez-vous fait d’autres choix s’il s’était agi d’un autre investissement? Si vous épargniez par exemple pour une moto, une voiture ou une maison?

L’argent est un puissant levier. Vous pouvez l’investir dans des projets qui peuvent rendre le monde un peu meilleur ou justement dans des projets qui le rendent un peu moins agréable. Cependant, chacun d’entre nous – et certainement un élève ou un étudiant - représente une toute petite partie de ce levier.

Voici les questions qui reviennent souvent:

  • Mon modeste capital peut-il vraiment faire une différence?
  • Je ne peux quand même pas savoir ce que fait ma banque de mon argent?
  • Je ne peux tout de même pas obliger ma banque à investir dans un projet éthique?
  • Si je veux gagner un peu plus d’argent en jouant bourse, je ne peux tout de même pas le faire de manière socialement responsable?

Nous avons pour vous des informations de fond qui vous permettront de répondre à ces questions. Transmettez-les à vos élèves, vous pourrez ainsi les inciter à prendre eux-mêmes des actions.

Mon modeste capital peut-il vraiment faire une différence?

Oui. Vous n’avez peut-être pas beaucoup d’argent à épargner et n’avez guère de chances de rassembler des millions d’euros. Toutefois, vous pouvez investir aujourd’hui et demain de multiples manières. Par le biais de votre compte à vue ou compte épargne. En payant une prime d’assurance annuelle. En épargnant mensuellement pour votre pension. En contractant un emprunt dans une banque X, Y ou Z pour votre voiture ou votre maison (la banque en retire un intérêt conséquent qu’elle investit à son tour). En additionnant tout cela, sur une vie, vous arrivez tout de même à un sacré montant.

Je ne peux quand même pas savoir ce que fait ma banque de mon argent?

Pas toujours. Mais vous pouvez choisir des banques ou produits bancaires qui soient eux transparents. Certaines banques ont des comptes épargne assortis de critères d’exclusion et de critères positifs (Fortis avec l’épargne cigale, la caisse d’épargne VDK, ...). Elles s’engagent par exemple à ne pas placer l’argent sur ces comptes dans certains secteurs (armes, entreprises qui violent les droits de l’homme) ou à le placer exclusivement dans des secteurs aux critères sociaux et écologiques stricts. La banque Triodos s’est engagée en ce sens sur toute la ligne: les dépôts de tous leurs comptes épargne et comptes à vue sont placés de manière rigoureusement éthique.

Je ne peux de toute façon rien imposer à ma banque?

Non. Mais vous pouvez choisir des banques qui prennent cet engagement délibérément (voir point précédent). Ou vous pouvez vous-même aussi investir directement dans des projets qui valent la peine à vos yeux. Vous pouvez le faire directement (en achetant par exemple des actions dans une entreprise issue de l’économie sociale ou en achetant des bons d’Etat) ou par l’intermédiaire de fonds spécialisés ou microcrédits. Pour plus d’infos, vous pouvez consulter le site de Netwerk Vlaanderen.

Puis-je aussi investir durablement en bourse?

Certainement. Vous pouvez investir via la bourse dans des actions d’entreprises socialement responsables. Vous pouvez ainsi investir dans des fonds de placement spécialisés (comme des sicav). Ces fonds se composent d’actions ou obligations d’administrations ou d’entreprises ESR cotées en bourse. Une banque ou un organisme qui gère un tel fonds doit tenir compte d’une série de critères d’exclusion et/ou critères positifs (voir ci-dessus). Des organisations comme Ethibel et Vigeo octroient des labels à des fonds qui respectent certains critères. Le problème est que la plupart des banques définissent elles-mêmes ce qui est durable et ce qui ne l’est pas. Ainsi, vous pouvez parfois trouver des “fonds éthiques” avec des actions d’entreprises qui n’agissent absolument pas de manière éthique. Vigilance est donc le maître mot.

Au travail avec vos élèves, votre classe ou votre école

Vous pouvez aussi faire plus qu’investir votre propre argent de manière socialement responsable.

  • Participez aux campagnes de Netwerk Vlaanderen. On voit régulièrement des affiches sur ces campagnes. Demandez-les et apposez-les dans la classe ou à la fenêtre chez vous.
  • Faites la publicité de l’épargne et du placement durables. Peut-être ne disposez-vous pas d’assez d’argent pour épargner, mais bien votre mouvement de jeunesse, votre club de sport ou votre école.
  • Voyez si votre école est déjà concernée par l’investissement durable.

Besoin de plus d’inspiration?

Il existe beaucoup d’autres possibilités pour parler en cours du thème de l’investissement durable. Par extension, vous pouvez parler de la consommation durable (comme le commerce équitable) ou plus généralement de l’entreprise socialement responsable. A l’annexe A, vous trouverez un récapitulatif des méthodes adaptées au troisième degré de l’enseignement secondaire et à l’enseignement supérieur.