Finançons le travail décent

Quand la finance conduit l’économie...

Dans la logique capitaliste, les entreprises mobilisent du capital privé en émettant des actions. Les investisseurs qui les achètent assument le risque que la valeur des actions fluctue. Pour diminuer ce risque, ils passent de plus en plus par des fonds d’investissement qui répartissent le risque sur les actions de plusieurs entreprises. Certains fonds deviennent des entreprises à part entière, comme les SICAV (sociétés

d’investissement à capital variable). Les investisseurs en sortent facilement, leur implication par rapport aux entreprises financées est de plus en plus lointaine et indirecte.

Par ailleurs, la valeur des actions est déterminée en Bourse en fonction, non pas de la valeur réelle des biens et services produits par l’entreprise, mais de l’offre et de la demande, ce qui favorise la spéculation. L’intérêt pour l’activité financée est ainsi détourné au profit de l’appât du gain qu’on veut en obtenir, quitte à détruire des emplois. Ainsi, quand une entreprise licencie, le cours de ses actions monte en Bourse !

... Bonjour l’atterrissage !

Ce système financier a fini par tourner sur lui-même, en se déconnectant de l’économie
réelle. Celle-ci ne peut croître que de 2 ou 3 %, si l’on admet la logique de croissance. Or les investisseurs trouvaient normal, jusqu’à la crise financière, que leurs placements rapportent 15, 20 voire 30 % par an. Ils se sont donc enrichis sur le dos des travailleurs,
priés d’être flexibles, ou par le pillage des ressources naturelles. De telles conditions d’exploitation ont été imposées par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale à de nombreux pays en développement, les programmes de restructuration étant censés attirer les investisseurs.
À présent, le Bureau international du travail
annonce que la crise financière de 2008 va provoquer la perte de 50 millions d’emplois...

Y a-t-il un pilote dans l’avion ?

La création de l’Organisation internationaledu travail (OIT), en 1919, a certes permis de consacrer les droits les plus fondamentaux des travailleurs :

• Le droit de s’organiser en syndicats et de négocier collectivement leurs conditions de travail... Pourtant, au niveau mondial, plus de la moitié des travailleurs ne peuvent s’affilier à un syndicat ;

• L’interdiction du travail forcé... qui est encore le lot de 12,3 millions d’êtres humains ;

• L’interdiction du travail des enfants... que connaissent encore 200 millions d’entre eux ;

• L’interdiction de discriminations fondées sur le sexe, la race, la nationalité, la religion... Ces discriminations sont encore nombreuses. Ainsi, les femmes gagnent en moyenne de 12 % à 60 % de moins que les hommes.
Depuis deux ans, la coalition Travail décent (1) veille au grain. Ce réseau international d’ON G et de syndicats revendique notamment que les États et les institutions financières internationales favorisent des politiques créatrices d’emplois décents et que la spéculation financière soit éradiquée : élimination des paradis fiscaux, taxation des flux de capitaux, plus de règles pour les investisseurs... (cf. page 9). Par ailleurs, les syndicats et les citoyens sont aussi des investisseurs et peuvent, à ce titre, devenir des leviers de changement.

1. www.travaildecent.be

 

Retour à la liste des dossiers