L'investissement socialement responsable

L’intégration de critères autres que financiers dans les décisions d’investissement est apparue pour la première fois aux États-Unis, dans le courant du XIXe siècle, sous l’action des quakers américains qui refusaient d’investir dans les deux marchés les plus rentables de l’époque : l’armement et le commerce d’esclaves. Par la suite, le mouvement s’est perpétué sous la pression exercée par les congrégations religieuses qui refusaient d’investir dans des actions « du péché » (sin stocks), et qui excluaient d’emblée de leur politique d’investissement les entreprises actives dans l’alcool, le tabac, le jeu, l’armement et la pornographie. D’où le terme investissement éthique.

Progressivement, les champs d’exclusion se sont élargis à d’autres secteurs d’activité, à d’autres zones géographiques et à d’autres investisseurs en fonction des nouvelles revendications portées par des groupes de pression d’origines diverses : guerre du Vietnam et refus de financer l’industrie de l’armement ; régime de discrimination raciale en Afrique du Sud et boycott des investissements au nom de l’antiracisme ; catastrophe de Tchernobyl, de l’Exxon Valdez et lutte pour la protection de l’environnement.
Dans les années 1980, et à l'initiative d'un activiste américain, Leon Sullivan, le concept entre dans une nouvelle logique : en lieu et place d’exclure des entreprises en fonction de leurs activités, on s’intéresse davantage à leur mode de fonctionnement, à leurs engagements vis-à-vis de la société. On les compare entre elles et on sélectionne celles qui affichent une réelle responsabilité sociétale. On parle donc d’investissement socialement responsable ou ISR.

Le Rapport Brundtland (1987), qui fait figure de référence pour la définition du développement durable, et le Sommet de la Terre de Rio (1992) ont largement contribué à renforcer l’évolution du concept qui, d’un instrument de boycott obéissant à une logique d’opposition, est devenu un moyen de tendre, positivement, vers un développement durable de notre société.

Les scandales financiers de ces dernières années n’ont fait que renforcer l’importance de la notion de responsabilité dans les actes financiers ainsi que dans le rôle d’actionnaire, où le concept d’activisme actionnarial, l'un des trois aspects de l’ISR, prend de l’ampleur.

De nos jours, l’investissement éthique a donc fait place à l’investissement socialement responsable, voire même, à l’investissement socialement responsable et durable (ISRD).
L’ajout récent de ce dernier qualificatif traduit l’évolution du concept dans les pays anglo-saxons, où l’on parle de plus en plus de “socially responsible and sustainable investment (SRSI)”.

Au vu de ce qui précède, il est incontestable que le concept d’ISR évolue et évoluera encore. Les termes “green and ethical investment”, “green funds” ou fonds thématiques ISR font leur apparition. De plus, nul doute que la problématique du changement climatique et de la protection de l’environnement continuera à influencer largement l’ISR au cours des prochaines années.

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